Guatemala – Moi, pas à pas

La musique des premières gouttes de pluie sur le toit en taule…

IMG_0531 (2)IMG_0518 (4)IMG_0529 (3)IMG_0514 (2)IMG_4238

Dire que j’étais prête à fuir aux premières lueurs des jours de pluie, trop désireuse du soleil ardent et des atmosphères brûlantes… et puis deux jours sans pluie sont passés et je me suis presque surprise à l’attendre. Si tu es chanceux, tu es déjà à l’abri lorsqu’elle arrive, sinon tu te laisses prendre à cette averse et tu cours te réfugier.

Parfois c’est son compagnon aux éclairs blancs et aux cris rageurs qui est à ses côtés. Ses coups d’éclat sont si puissants qu’il décharge ses explosions jusqu’à faire trembler les corps et les maisons. Je me surprend à aimer ça.

C’est ce temps d’arrêt où être confiné à l’intérieur permet de s’échapper encore plus dans la lecture, l’écriture, la rêverie.

J’aime voir la Nature se déchaîner, reprendre ses droits. La musique de l’Eau torrentielle et son amant l’Orage, qui la féconde de toutes ses forces électriques. J’aime voir les dieux de la Nature continuer d’étendre et d’imposer leur puissance là où les humains ont tenté et continuent en vain de dominer cette force inébranlable. J’ai la chance d’assister à ça et de m’y soumettre avec joie. J’aime cette conciliation qui se joue ici entre les hommes et leur environnement. Je passe du temps à observer le nid de fourmis logé dans le lavabo de la salle de bain. Il y a aussi cette grande araignée noire aux pattes velues qui est là dans son coin. Je me dis que chaque être vivant est légitime d’exister et que si chacun reste à sa place, nous devrions tous pouvoir cohabiter.

C’est comme si j’étais en train de (re)apprivoiser ce monde sauvage duquel je me sens appartenir.

C’est comme un avant goût des contrées plus sauvages et brutes vers lesquelles j’ai envie d’aller. Ici sur le lac, les insectes et autres bestioles auxquels nous ne sommes guère habitués dans nos vies aseptisées parfois à l’extrême, sont malgré tout rares et je ne me suis pas encore suffisamment enfoncée dans cette Nature aux lois qui n’appartiennent qu’à elle.

Voilà une semaine que je suis arrivée sur le lac Atitlan, j’ai élu domicile à San Marcos l’un des villages qui le borde.

IMG_0569 (2)

Ici beaucoup de choses liées au bien-être, de la méditation au yoga en passant par mille autres pratiques de développement personnel en vogue… Ça fleur bon hippie-land, je regrette juste ce sentiment d’avoir d’un côté les occidentaux qui ont y établi leur domaine et de l’autre les gens d’ici qui bon gré mal gré doivent « s’adapter »à cette « invasion barbare »(…).

 J’ai visité quelques autres villages alentours, notamment Santiago – L’un des moins touristiques. Le marché du vendredi est un régal pour les yeux, les femmes sont encore toutes vêtues de leurs habits traditionnels.

Beauté des visages et des couleurs, éclats des tissus.

Mais je ne m’y attarderais pas cette fois.

Dès demain je prends un bus direction ANTIGUA. Une ville située un peu plus à l’Est qui paraît-il regorge de belles choses… Il y aussi une randonnée à l’assaut d’un volcan qui m’attend je l’espère… Bref l’envie de la route me démange de nouveau!  Avant de me décider à m’envoler pour le Pérou ou… le Brésil, enfin!

Carte_GUATEMALA

Néanmoins je tiens à vous partager ce qui m’a animé ici, outre les belles personnes qu’une fois de plus j’ai eu la chance de croiser pendant ces quelques jours passés sur ces eaux profondes et parfois opaques qui vous renvoient sa lumière si vous savez la capter…

Car ce blog n’est pas « seulement » une plateforme d’où je relate de près ou de loin un voyage au bout du Monde. Je tiens à ce qu’il soit également le reflet de mon évolution personnelle au-delà de mes propres frontières avec au passage le fol espoir peut être d’en éclairer certain(e) sur leur propre chemin …

Je me fonds dans ce gris opaque et lumineux des nuages qui m’enveloppent de leurs doux éclats. J’ai compris pourquoi j’avais besoin d’être seule, m’éloigner des hommes et me retrouver à l’état Nature. Le souffle délicat et un peu frais du vent, le clapotis de l’eau qui vient cogner son flot contre les roches; c’est en contemplant le rythme calme et la vie presque immobile et pourtant si grouillante que peu à peu je remonte les racines du mal, de Mon mal. Les répliques acerbes que certains adultes glissent insidieusement aux enfants. Et puis les mots, les gestes qui des années après restent collés, embaumant l’âme des mêmes tristesses qu’on continue de porter. Manque d’amour et de tendresse, là où les larmes jaillissent et retournent aux eaux originelles. Là où cette tranche d’amour blessé doit prendre le dessus. Reprendre ses droits et rayonner. J’ai une infinie rage et une volonté de me vaincre moi-même qui me porte très fort. J’y arriverais je le sais même si certains couloirs sont encore bien sombres.

Quand je laisse la Nature me pénétrer c’est comme si j’entrais en danse avec elle. Symbiose.

Je sens chaque cellule de mon corps respirer à l’unisson de l’eau, du vent, des arbres. Je me sens appartenir à ce grand Tout et me fondre dedans. Et c’est grisant. Je me fonds dans le rythme sans fin et incessant. La danse de mon corps dans cette symphonie du Vivant.

Et j’entre en silence.

Ne laissant s’imprimer en moi que la musique des éléments, l’écorce rugueuse et chaude de l’arbre que j’enlace, l’odeur de la Terre que la pluie révèle, mélange de muscade sucrée et de café serré. Je sais que ma vie m’attend belle et brillante loin de mes peurs et mes tristesses de petite fille. Nous avons tous des monstres enfouis dans les placards de notre inconscient, plus ou moins visibles, plus ou moins identifiables mais ils sont là tapis. Ils guettent près à surgir à la moindre situation qu’ils convoitent et ma petite fille à moi elle hurle de rejet, d’abus, de solitude et d’abandon. Aussi tant que les monstres ne seront pas débusqués elle ne cessera de revenir constamment dans les jupes de la femme lumineuse et brillante que vaille que vaille je tends à devenir, ETRE et INCARNER.

Voilà ce que sans le savoir je suis venue faire ici dans ce lieu du bout du monde charrié d’eau et de montagnes. Je suis venue commencer à me mettre au monde.

Le crapaud du premier soir était bel et bien annonciateur…

Je suis venue débusquer les monstres noirs de dessous le lit mais l’Univers m’a envoyé une aide précieuse!

« Au hasard » de mes pérégrinations et alors que j’arrive quasiment à la fin de mon livre, je tombe sur une librairie d’occasion et *miracle* au milieu  de piles d’ouvrages multiples et variés, j’y déniche en français « Les mots pour le dire » de Marie Cardinal.

L’histoire vraie d’une femme qu’une psychanalyse de 7 ans a permis de renaitre alors qu’elle basculait inexorablement de la folie jusqu’à sa mort certaine.

Au-delà de l’aspect littéraire d’une qualité remarquable, l’intérêt de ce manuscrit réside dans l’évolution de cette femme que nous suivons à travers les souvenirs qui au fil des séances remontent à la surface de son conscient jusqu’à nous en  dévoiler les mécanismes. A ses côtés nous délions les mailles du mental qui engendrent les peurs, les traumatismes, les protections, les folies.

A la lecture de ce livre, j’ai doucement commencer à établir mes propres connexions et dénouer quelques uns des fils qui me retiennent « prisonnière » de moi-même.  Parvenir à mettre des mots dessus, les nommer, les faire sortir du placard et les exposer au grand jour sont déjà un grand et premier pas vers la guérison, l’acceptation et le pardon.

Ainsi, chaque fois que l’un des montres apparaitra je pourrais le regarder droit dans les yeux chaque fois un peu plus fort, chaque fois un peu plus profond jusqu’à pouvoir commencer à cohabiter avec lui jusqu’à m’en détourner, le laisser s’en aller et continuer ma route délestée d’un poids supplémentaire.

Et malgré tout…

La route est longue mais elle en vaut le coup * ô combien * !

Une nouvelle fois, je vous en laisse en musique très à propos puisqu’après avoir décidé du titre de ce nouvel article, il m’est revenu en mémoire une chanson de Paris Combo qui à mon sens en plus d’être sublime et de porter le même intitulé, illustre fort à propos les questions de l’Etre qui viennent me débusquer ces derniers jours…

*** En vous souhaitant le meilleur ***

Rendez-vous à Antigua!

Adèle

Depuis longtemps, je n’sais pas
Où me mène le vent
Voilà pourquoi je n’suis pas
Ceux qui marchent devant
C’est le chemin le plus beau
Qui en a tenté plus d’un
Le mien se fait au sabot
Que je pose tous les matins
Au gré des embruns

Ce monsieur fait ce qu’il veut
Madame sait pas si elle doit
Un enfant qui ferait mieux
de grandir comme il le croit
Un cheminot sur des rails
Qui regarde passer les vaches
Une perle dans un sérail
Qui ne veut plus qu’on l’attache
Un antiquaire amoureux
Qui soudain se trouve trop vieux
Y’a déjà du mieux…

On verra,
On verra si ça vaut pas
Le coup d’oeil, là-bas
Là-bas, juste un peu plus bas
On verra, on verra
On voit bien que ça n’va pas
Non, non, les pas cadencés
C’est pas comme ça qu’on va danser…

Depuis longtemps, je n’sais pas
Où mène le vent
Voilà pourquoi je n’suis pas
Ceux qui marchent devant
Certains semblent être poussés
Par de grands vents d’idéaux
D’autres sont restés à quai
Car ces pauvres matelots
N’ont pas le vent dans l’ dos

Ce monsieur fait ce qu’il peut
Madame est sûre de son droit
Un enfant qui fait des envieux
Dès qu’il pose ses premiers pas
Un fakir, un prothésiste
Qui se trompent et qui insistent
Un éléphant blanc de blanc
Qui, comme il peut, se défend
Pour ses défenses aériennes
Ces deux, qu’il considère siennes
Faudrait lui laisser…

Depuis longtemps, je n’sais pas
Où me mène le vent
Voilà pourquoi je n’suis pas
Ceux qui marchent devant
C’est le chemin le plus beau
Qui en a tenté plus d’un
Ce fameux sentier battu
Qu’on a battu comme des chiens
Mais pour tous, c’est pas à pas
A quatre pattes dans les broussailles
Qu’on fera des trouvailles…

Publicités

11 réflexions sur “Guatemala – Moi, pas à pas

  1. Merci pour ce magnifique texte, partage, et cette ouverture de ton coeur et de tes profondeur 🙂 très bel article qui fait du bien, comme toujours MERCI Adèle de t’être fidèle ❤

    *Amel Léger *

    Avec les lectures akashiques,

    je vous accompagne à vous re-connecter à votre âme, à entendre ses messages et à l'incarner dans votre quotidien simplement et complètement.

    Retrouvez-moi sur mon site ​: *www.lesailesdemoname.fr * et sur Facebook : *www.facebook.com/lesailesdemoname *

    J'aime

  2. Peu importe le but, c’est le chemin pour y parvenir qui compte… je ne sais pas de qui c’est, pas de moi, mais ça me parle, tout comme ton texte tout en poésie me parle, universel.
    Tu écris bien et juste, et joli.
    Juste ma belle Adèle (car tu es magnifique sur ces photos) et parce que c’est drôle: il s’agit d’un toit de « tôle », et non de « taule » (prison en argot) à moins que la pluie soit prison contemplative, propice au recueillement intérieur…
    J’ai le même sentiment dans ma cabane… c’est aussi le fait de ces habitats où le dedans est complice du dehors par sa perméabilité aux sons, aux odeurs, aux saveurs… de la vie.
    Je note beaucoup de couleurs, qui sont les tiennes, et que tu rejoins dans ce bout de monde auquel tu appartiens (toujours l’universalité) et la fille que je vois semble être de là-bas, et a du mal avec la séparation d’entre les noirs et les blancs… ainsi est la vie… peut-être.
    Quoiqu’il en soit je continue de te suivre dans ce voyage palpitant émaillé de belles rencontres (beau mec le rasta là 🙂 et dans des paysages généreux…
    Je t’embrasse de mes contrées sauvages et maison du bonheur…
    Brigitte

    J'aime

    1. Ah ma très chère Brigitte , Merci de toi et de tes mots juste aussi … et ahahahah je me marre du toit en « taule » oui c’est vrai … je crois que je vais le laisser .. j’aime bien… j’en perds mon français 😉 ! Je t’embrasse bien fort et merci de me suivre encore et toujours, ça me donne encore plus le goût de continuer 🙂 – je t’embrasse bien fort et toute la maisonnée du bonheur aussi !!

      J'aime

  3. On meurt d’envie d’être avec toi, là sous la pluie torrentielle à l’abri avec les fourmis et l’araignée.
    Et bien non, on a pas le droit. Justement tu dois rester dans cette belle solitude. Continue ton joli chemin. Et nous, entre deux réunions, entre deux posts sociaux, on te déguste par procuration.
    Biz de fab.

    J'aime

  4. La belle Adèle, merci de ces partages où l’intime de ton voyage fleurte avec celui de tes lecteurs. Te lire est un régal, plonger dans tes clichés aussi. Le temps de la lecture, je me trouve, magie de l’écriture, à tes côtés, et ma Camargue devient jungle; le Vaccarès devient Atitlan. Pour l’ascension du volcan Acatenango, ça va être plus dur ;-))). Je t’embrasse.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s